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samedi 2 août 2008

Le manuscrit de Voynich - réflexions



Suite à mon article "l'indéchiffrable manuscrit", voilà quelques réflexions et idées complémentaires.


*****



L'écriture semble une écriture médiévale tout à fait courante. L'examen graphologique permet de conclure que le scribe connaissait la langue qu'il utilisait: il a copié d'une façon cursive et non pas lettre par lettre. Le chiffre employé paraît simple, mais personne n'arrive à le résoudre.
En 1912, un libraire appelé Wilfred Voynich achète le manuscrit à l'école jésuite de Mondragone, à Frascati, en Italie. Il le ramène aux États-Unis, où de nombreux spécialistes se mettent à la tâche, dont les célèbres cryptanalystes Newbold et Friedman.




Gordon Rugg est professeur au Département de mathématiques et d'informatique de l'Université de Keele, en Angleterre, et rédacteur en chef de la revue Expert Systems. Une nouvelle analyse d'un document médiéval énigmatique suggère qu'il ne contient que des suites de mots dépourvues de sens.

En 1912, Wilfrid Voynich, un libraire américain spécialiste de livres rares, fit la découverte de sa vie dans la bibliothèque de la Villa Mandragone près de Rome: un manuscrit de quelque 230 pages écrit en caractères étranges et illustré de surprenants dessins de plantes, de sphères célestes et de baigneuses.

À première vue, le manuscrit ressemblait à un manuel d'alchimiste ou d'herboriste, mais il était entièrement codé. Certains détails des illustrations suggéraient que l'ouvrage avait été rédigé entre 1470 et 1500, et une lettre du XVIIe siècle jointe au manuscrit indiquait qu'il avait été acheté en 1586 par l'Empereur Rodolphe II.

Le manuscrit avait ensuite disparu jusqu'à ce que Voynich le redécouvre.
Voynich a demandé aux meilleurs cryptographes de l'époque de décoder les caractères étranges, qui ne correspondent à aucune écriture connue.

Cependant, après 90 années d'efforts, personne n'a été capable de déchiffrer le manuscrit, et sa nature comme son origine restent un mystère. Devant ces échecs répétés, on a commencé à douter de l'existence d'un message à déchiffrer: le manuscrit de Voynich est peut-être un canular sophistiqué dépourvu de sens.


Comment un mystificateur aurait-il pu concevoir 230 pages présentant tant de régularités dans la structure et la répartition des mots?

Le manuscrit de Voynich semble trop compliqué pour n'être qu'un assemblage de mots incohérent.

On a toutefois découvert que l'on peut reproduire bon nombre de ses caractéristiques à l'aide d'un outil de codage simple qui existait au XVIe siècle. Le texte engendré grâce à cette technique ne peut évidemment avoir de sens, mais il ressemble pourtant étrangement au manuscrit original. Ce résultat ne prouve pas que le manuscrit de Voynich soit une mystification, mais il renforce la théorie selon laquelle un aventurier anglais du nom d'Edward Kelley aurait fabriqué le document pour escroquer Rodolphe II. L'empereur aurait acheté l'oeuvre 600 ducats, soit près de 50 000 euros actuels.
La première tentative de décryptage du manuscrit de Voynich à l'époque moderne date de 1921. William Newbold, un professeur de philosophie de l'Université de Pennsylvanie, a remarqué que chaque caractère de l'écriture du manuscrit, souvent appelée « voyniche », présentait de minuscules traits visibles au microscope. Selon lui, ces traits étaient des coups de plume et formaient une sténographie grecque ancienne. En interprétant ce code, Newbold a prétendu que le manuscrit de Voynich avait été écrit par le philosophe du XIIIe siècle Roger Bacon.

Quelques années plus tard, cependant, on s'est aperçu que les traits microscopiques n'étaient en fait que des craquelures naturelles de l'encre.
L'oeil du bébé dieu L'essai de Newbold a été le premier d'une série d'échecs. Dans les années 1940, les décodeurs amateurs Joseph Feely et Leonell Strong ont tenté de substituer des lettres romaines aux caractères voyniches, mais les diverses transcriptions n'ont donné aucun résultat sensé.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les cryptographes de l'armée américaine se sont essayés à décoder des textes cryptés antiques. Tous ont livré leurs secrets, à l'exception du manuscrit de Voynich.

En 1978, le philologue amateur John Stojko a déclaré que le texte était de l'ukrainien dont on avait supprimé les voyelles. Sa traduction ne correspond cependant ni aux illustrations du manuscrit ni à un quelconque élément de l'histoire ukrainienne, et comporte des phrases telles que «le vide est ce pour quoi lutte l'oeil du bébé dieu»!

En 1987, un médecin nommé Leo Levitov a affirmé que le document était l'oeuvre des Cathares et qu'il était écrit avec un mélange de mots de différentes langues, mais son interprétation ne concorde pas avec la théologie cathare.
Les spécialistes s'accordent pour dire que toutes ces tentatives de décodage sont entachées d'une grande ambiguïté. Un mot voyniche peut y être traduit de diverses façons selon son emplacement dans le texte.
La solution de Newbold nécessitait ainsi le décryptage d'anagrammes. Ober, par exemple, peut être interprété comme robe, orbe ou bore, ce qui introduit une certaine imprécision. À l'inverse, aucune de ces méthodes ne permet de coder un texte en clair en un texte crypté présentant les propriétés du voyniche.


Si le texte n'est pas un code, peut-être est-il un langage non identifié?

Pour représenter les mots du manuscrit, il existe une convention de translittération des caractères voyniches en lettres romaines, «l'alphabet voyniche européen». Une analyse statistique du texte révèle une très grande régularité. Les mots les plus courants apparaissent souvent plus de deux fois dans une ligne. Par ailleurs, le texte présente un taux de répétition qui n'a d'équivalent dans aucun langage connu.

Dans le folio 78 recto, par exemple, on lit qokedy qokedy dal qokedy qokedy. Inversement, le voyniche contient très peu de phrases dans lesquelles plus de trois mots différents apparaissent ensemble. Ces caractéristiques rendent improbable que le voyniche soit un langage humain: il est trop différent de toutes les autres langues.


Autre possibilité, le manuscrit est un canular échafaudé pour réaliser une escroquerie, ou une élucubration de quelque fou érudit. Sa complexité linguistique semble infirmer cette théorie. Outre la répétition de mots, on observe de fortes régularités dans leur structure même. La syllabe qo, très fréquente, ne se rencontre qu'en tête d'un mot. La syllabe chek peut apparaître au début d'un mot, mais quand la syllabe qo est aussi présente, elle la précède toujours. La syllabe dy apparaît habituellement en fin de mot, parfois au début, mais jamais au milieu. Une combinaison aléatoire de syllabes ne produit pas autant de régularités.

Le voyniche est aussi beaucoup plus complexe que tous les langages pathologiques connus dus à des troubles psychologiques ou à des lésions cérébrales. Même si un fou avait inventé une grammaire et une écriture correspondante, le texte obtenu ne présenterait pas les propriétés statistiques du manuscrit de Voynich.

Les longueurs des mots du voyniche, par exemple, suivent une distribution binomiale: les mots les plus courants comptent cinq à six caractères et la fréquence des mots de longueur différente de cette valeur décroît fortement, dessinant une courbe en cloche symétrique. Cette distribution est très rare dans les langages humains. La répartition des longueurs des mots y est plus étalée et asymétrique, les mots relativement longs étant assez fréquents.

Il est très improbable que la distribution binomiale du voyniche soit une propriété délibérée, car ce concept statistique n'a été inventé que plusieurs siècles après la rédaction du manuscrit.


Le manuscrit de Voynich semble n'être à première vue ni un texte codé, ni un langage inconnu, ni une production aléatoire.

Alors quoi? Pour sortir de cette impasse chacune de ces pistes ont été
réévaluées. L'estimation selon laquelle les caractéristiques du voyniche sont incompatibles avec tout langage humain est fondée sur une expertise linguistique pertinente et solide. L'impuissance des meilleurs crypt-analystes face au texte rend peu plausible l'existence d'un message caché. Reste l'hypothèse de la mystification, rejetée par la plupart des connaisseurs, qui considèrent que le manuscrit de Voynich est trop complexe pour être un faux.

Cette opinion ne repose cependant sur aucune évidence.

On ne sait presque rien des méthodes de reproduction d'un long texte médiéval codé, car il n'y a pratiquement pas d'exemples de ce genre.


Un code pour la tromperie
?

Plusieurs chercheurs, comme Jorge Stolfi de l'Université de Campinas au Brésil, se sont demandé si le manuscrit de Voynich a été construit à l'aide de tableaux de production aléatoire de texte.
Les cases de ces tableaux comprennent des syllabes, que l'utilisateur sélectionne, par exemple en jetant des dés, et combine de façon à former un mot. Cette technique pourrait engendrer certaines des régularités observées dans les mots voyniches. La première colonne du tableau pourrait contenir des syllabes constituant un préfixe tel que qo, qui n'apparaît qu'en début de mot, la seconde colonne, des infixes - syllabes apparaissant au milieu des mots - comme chek, et la troisième colonne des suffixes, tels que y. En choisissant séquenciellement une syllabe dans chaque colonne, on produit des mots possédant la structure caractéristique du voyniche. Des cases vides permettent de produire des mots dépourvus de préfixe, d'infixe ou de suffixe.
Certaines propriétés du voyniche ne sont cependant pas aussi simples à reproduire. Des caractères courants pris individuellement peuvent n'être que rarement associés à d'autres. Les caractères transcrits en a, e et l, ainsi que la combinaison al, sont fréquents, mais la syllabe el est très rare. Cet effet ne peut être produit en mélangeant de façon aléatoire des caractères contenus dans un tableau. Le tirage aléatoire est cependant la notion clé. Ce concept n'a été précisé que longtemps après la réalisation du manuscrit, de sorte que dans une construction aléatoire médiévale, la combinaison des syllabes a probablement été effectuée autrement. Les mots formés ne seraient alors pas strictement aléatoires au sens statistique.
Certaines caractéristiques du voyniche sont peut-être ainsi la marque d'un ancien système de codage.
Il a été essayé de produire un document contrefait pour voir quels effets apparaîtraient.

Quelle technique utiliser?

La réponse dépend de la date de création du manuscrit. Il est illustré dans le style du XVe siècle, et il existe un consensus sur le fait qu'il est antérieur à 1500. Pour autant, les oeuvres artistiques imitent souvent le style d'une période antérieure, innocemment ou pour faire paraître le document plus ancien. Le style ne permet pas de dater précisément le manuscrit.

Existait-il une technique en vigueur durant une période plus large, entre 1470 et 1608 ?

La grille de Cardan, introduite par le mathématicien italien Girolamo Cardano en 1550, est une possibilité prometteuse.

C'est une sorte de carte à trous. Lorsqu'on la superpose sur un texte apparemment anodin créé à l'aide d'une copie de la même carte, les fenêtres révèlent les mots du message caché. On a pensé qu'à l'inverse cette même grille de Cardan à trois fenêtres permet de sélectionner des groupes de préfixes, infixes et suffixes dans un tableau pour fabriquer des mots de style voyniche.

Un code, mais pas de message.


Une page type du manuscrit de Voynich contient entre 10 et 40 lignes, chacune comptant 8 à 12 mots. En utilisant le modèle du voyniche à trois syllabes, un seul tableau de 36 colonnes et 40 lignes contient assez de syllabes pour produire une page entière du manuscrit avec une seule grille.
La première colonne donne la liste des préfixes, la seconde celle des infixes et la troisième celle des suffixes. Les colonnes suivantes répètent ce motif. On aligne la grille sur le coin supérieur gauche du tableau pour créer le premier mot, puis on la déplace de trois colonnes vers la droite pour former le mot suivant. On peut aussi déplacer la grille d'une ligne vers le bas ou d'une colonne vers la droite. En plaçant successivement la grille sur différentes parties du tableau, on crée des centaines de mots voyniches.
Le même tableau peut ensuite être utilisé avec une autre grille pour former les mots de la page suivante. Avec trois tableaux et une dizaine de grilles, on produit en peu de temps environ 2 000 mots.
Cette méthode permet de reproduire aisément les caractéristiques du voyniche. On peut s'assurer que certains caractères ne se côtoient jamais en concevant soigneusement les tableaux et les grilles.
Si les fenêtres de la grille sont sur des lignes différentes, les syllabes de cases adjacentes horizontalement ne seront jamais accolées, même si elles sont très courantes individuellement.
La distribution binomiale des longueurs des mots est obtenue en mélangeant des syllabes courtes, moyennes et longues dans le tableau. En voyniche, les premiers mots d'une ligne ont tendance à être plus longs que les derniers. Il suffit pour reproduire cette propriété de placer les syllabes longues dans la partie gauche du tableau. Les essais suggèrent qu'une personne aurait pu produire le manuscrit de Voynich en seulement trois ou quatre mois à l'aide de la méthode de la grille de Cardan.
Pour déterminer si le manuscrit n'est qu'un fatras insensé ou s'il recèle un message crypté, il a été imaginé deux façons d'employer les grilles et les tables pour coder un texte en clair. La première est de convertir les caractères du texte en clair en infixes qui sont ensuite insérés entre des préfixes et des suffixes ayant un sens à l'aide de la grille de Cardan.
Une seconde technique possible est d'assigner un nombre qui spécifie l'emplacement de la grille de Cardan sur le tableau à chaque caractère du texte en clair. Cependant, ces techniques aboutissent à des écritures beaucoup moins répétitives que le voyniche. Ce résultat suggère que, si la grille de Cardan a effectivement été employée pour rédiger le manuscrit de Voynich, l'auteur a sans doute transcrit des suites de mots incohérentes plutôt qu'un texte sensé.


Ces travaux ne démontrent pas que le manuscrit est un canular, mais ils montrent que sa réalisation était possible à l'époque. Le fait que l'érudit élisabéthain John Dee et son associé Edward Kelley se sont rendus à la cour de Rodolphe II dans les années 1580 renforce cette hypothèse. Kelley était un faussaire notoire, un mystique et un alchimiste familier des grilles de Cardan. Certains experts du manuscrit de Voynich le suspectent depuis longtemps d'en être l'auteur.
Avec une des étudiantes, Laura Aylward et son équipe cherche actuellement à reproduire des caractéristiques statistiques plus complexes par la technique des grilles de Cardan. Pour ce faire, ils tentent d'automatiser la méthode, afin de produire de grandes quantités de texte.

Peut-être parviendra-t-on ainsi à percer le secret plusieurs fois centenaire du plus mystérieux des manuscrits médiévaux.







L’AUTEUR DU MANUSCRIT ETAIT-IL CROYANT ?

Il est nous est naturel de poser cette question. En effet, il aurait pu laisser des traces, des signes… montrant qu’il est plutôt d’obédience chrétienne, protestante, juive ou musulmane. On ne pense pas à un croyant musulman, de part l’écriture qui va de gauche à droite, et parce que les représentations humaines sont proches des représentations romanes (peut être byzantines).

Les représentations zodiacales ne sont pas à mêmes de déterminer si notre auteur est ou non croyant.
L’Eglise à cet époque n’a pas fait sienne les représentations zodiacales. Cela laisse penser que notre auteur est peut être croyant, mais que sa foi dans des phénomènes naturels, combinés entre eux, le laisse libre par rapport à la religion.Là où nos sociétés sont technicistes, cartésiennes, pragmatiques... les périodes plus éloignées laissaient une place à la magie, l'alchimie, non pas sous un angle satanique ou démoniaque, mais fruit d'une recherche empirique naissante laissant voir des possibilités de plus en plus grandes pour créer des nouveaux mélanges pour l'homme lui-même ou ses besoins quotidiens : plantes, médecine, prévisions...

Il n'y a aucune trace dans les feuillets d’une religiosité cachée ou avérée, confirmant le caractère profane du manuscrit.


DES HOMMES ET DES FEMMES


Il ne nous faut laisser échapper aucun détail, et nous interroger sur ce point. Nous trouvons essentiellement, voire exclusivement des représentations féminines dans les différents feuillets.
Il n’y a aucun doute car les représentations humaines sont nues.
Il pourrait y avoir quelques représentations masculines, mais elles sont marginales, et fondues dans les autres dessins ne rendant pas ces particularités suffisamment importantes pour en dégager une quelconque conclusion sur ces petites exceptions. Il s’agit donc de femmes, de jeunes femmes.

Pourquoi alors, dans notre hypothèse d’elixir de longue vie, l’éternelle jeunesse serait féminin ?

Les jeunes hommes ne pourraient avoir une essence de « jeunesse » ?

Bien sur, et même si l’image de la fertilité est en général masculine car phallique, il n’en reste pas moins que les êtres humains dans le manuscrit sont féminins. La fertilité est masculine, mais la fécondité est féminine. L’enfantement est féminin, ce sont les femmes qui engendrent les enfants, donc la jeunesse car la vie est créée.
Nous voyons toutes ces femmes nues, avec un ventre plutôt proéminent.
Est-ce à dire qu’elles sont enceintes ? C’est une possibilité très sérieuse, car les représentations astrologiques, de coordinations des signes zodiacaux entre eux peuvent contribuer à mieux faire réussir « la recette » (médiévale).

A une époque où les critères esthétiques des femmes sont entre autres la minceur, faire le parallèle entre des femmes bien en chair, et leur possible maternité pourrait être une erreur de jugement.

Mais le contexte fait que l’auteur reste cohérent dans son objectif d’écrire un manuscrit, une recette quelconque, et que ce qui l’emporte reste son idée : des jeunes femmes (avec leurs seins bien formés et non « déformés » à un age plus avancé), rondes parce qu’enceintes.
Elles sont peut être toutes (ou presque) bien en chair parce qu’enceintes.

Pourrait-on penser que les femmes du moyen age (ou de la Renaissance) étaient (presque) toutes bien en chair parce qu’elles n’avaient pas forcément les mêmes critères esthétiques que maintenant ?
A une époque où la nourriture, pour le commun des mortels, n’était pas abondante, la grosseur n’était peut être pas la principale caractéristique des (hommes et) des femmes. Le travail de la maison, des champs, éprouvant n’est pas de nature à produire des hommes et des femmes rondelets.

Les cheveux longs seuls pourraient aussi montrer qu’il s’agit de femmes, mais l’auteur a voulu renforcer également la représentation féminine par le dessin systématique des seins. Non pas qu’ils devaient être cachés à l’époque dans les représentations picturales, mais ils sont peut être là pour renforcer la féminité des personnes, mais aussi le caractère maternelle (maternité) des femmes.


Cette discussion sur la féminité des personnages renforce l'idée d’une recette médiévale d’élixir de jouvence.


L’AUTEUR : UN « FOU » LITTERAIRE ?


Cette question revient assez souvent auprès de ceux qui au premier abord n’ont pas tous les tenants et aboutissants du Manuscrit. Ce chapitre est proche de celui que nous aborderons ci-après sur l’intention de l’auteur.

Mais ici, nous voulons savoir si le Manuscrit, de près ou de loin, a un sens, mais si ce sens n’a pas de réalité concrète.

En d’autres termes, si le Manuscrit relate bien une recette alchimique pour fabriquer un élixir de longue vie, l’on comprend qu’il y ait une recette, des composés et un résultat. L’élixir de longue vie n’a pas de réalité, car aucune recette, aucune théorie n’a été réalisée ou démontrée. L’auteur aurait alors réellement eu l’intention de décrire la recette, et cela aurait alors pour lui un sens.
Un « fou » littéraire, un mystificateur, aurait eu l’intention décrire une telle recette, mais en sachant pertinemment qu’il s’engageait dans un faux.

Il lui aurait fallu alors être constant sur plus de 230 feuillets, et être cohérent de bout à l’autre, tant sur l’écriture que sur la cohérence des dessins et de l’écriture, et des dessins entre eux.

De plus, faudrait-il tant de travail pour (se) montrer qu’il s’agissait d’un travail de mystification ? Sur une recette de la pierre philosophale, l’on pourrait admettre, parmi la multitude des textes, recettes et études, qu’il puisse y avoir un faux. Et encore, il faudrait suffisamment de clairvoyance pour un érudit du moyen age pour prendre du recul par rapport aux idées de son époque.

Les fous littéraires (André Blavier) apparaissent bien plus tard dans la littérature, mais ceci n’est cependant pas une raison pour écarter la présence d’un fou littéraire dès le moyen age.
La présence d’un ouvrage de mystification n’aurait d’intérêt que s’il était amené à être diffusé, c’est à dire à servir peu ou prou de provocation aux lecteurs de tels ouvrages, et aussi aux auteurs de ces mêmes disciplines alchimiques. Or, diffuser un ouvrage qui pourrait pour la communauté religieuse catholique être considéré comme hérétique, contre la grandeur et la puissance de Dieu, serait non seulement mis à l’index, mais provoquerait pour son auteur des sanctions très dures, voire le lancement d’une procédure d’inquisition. Celle ci aurait eu la conséquence de faire parler son auteur, et comment prouver à l’inquisition qu’il s’agissait d’un teste mystificateur, sinon de persuader les juges que son auteur persévère dans son mutisme, ou dans la non-délivrance d’un puissant secret.

Dans ce contexte la présence de textes mystificateurs à cette époque, parce qu’elle est précoce, parce que le contexte religieux est très contraignant, semble ne pas correspondre à ce que l'on peut voir dans ce Manuscrit.


D’AUTRES IMAGES IDENTIQUES ?


Dans le livre d’Alexander Roob (« Alchimie et Mystique), très richement illustré, p.36, d’un dénommé Janus Lacinius Pretosia Magarita, XVIe siècle, est figurée une représentation assez proche du manuscrit Voynich, qui en dehors de l’absence d’écriture, aurait pu se fondre sans dénoter, dans les feuillets de Voynich.
On y retrouve aussi des nymphes nues, et des animaux dont le trait reste proche du manuscrit Voynich.
Dans ce même livre, p.194, se trouve une représentation alchimique dans laquelle on trouve des bains, des creusets, un feu pour chauffer, une femme (nymphe) nue dans une bassine en bois, des enfants (qui seraient la représentation humaines de métaux), et... partout sur la page, un texte... cette fois-ci en clair, non chiffré. Il faut avouer que certains signes ou dessins isolés peuvent avoir une ressemblance avec d'autres manuscrits ou représentations graphiques. Cela suffit-il à attribuer le manuscrit Voynich à celui dont on pourrait trouver quelques ressemblances ? Il faudrait une preuve formelle et irréfutable.

Toute la communauté de passionnés autour du manuscrit cherche avec internet des images, livres et images numérisés, en restant chez soi, derrière son clavier. Si la recherche et l'histoire se pratiquaient ainsi, ça se saurait
.
La recherche d'une solution plausible voire réelle impose une documentation fouillée, croisée et international.
Ce n'est qu'en recoupant données entre elles que peut se forger une intime conviction...






"L’hypothèse d’une arnaque devient plus que vraisemblable lorsque l’on fait quelques recherches sur le personnage de John Dee (1527-1608). Tout porte à croire que c’est bien cet astrologue, mathématicien, alchimiste, magicien, familiarisé à la cryptographie, qui, présent à Prague entre 1584 et 1588 à la cour de Rodolphe II, avec son compatriote anglais Edward Kelley (1555-1595), a vendu le manuscrit à l’Empereur. Or, Edward Kelley était un escroc notoire. Il se disait médium et se prétendait capable de parler avec les anges, par l’intermédiaire d’un miroir en obsidienne polie , qu’un ange aurait offert à John Dee.
Très impressionné par les dons de clairvoyance de son ami, John Dee consigna fidèlement ces communications angéliques . Ensemble, entre le 13 avril et le 13 juillet 1584, ils écrivirent 19 Enochian Calls issus des visions de Kelley et donnèrent naissance à une langue des Anges, appelée aussi l’Enochien. Cette langue ‘magique’, qui possède son propre alphabet a été très étudiée notamment par Donald Laycock qui parvint même à établir un dictionnaire de référence : The Complete Enochian Dictionary.

Il se trouve que l’énochien et le voyniche ont des particularités étonnamment similaires, difficilement explicable si ces deux langages n’ont pas la même ‘origine’, puisque au 16ème siècle, l’énochien n’était connu que de Dee et Kelley.

Le voyniche pourrait être comme le pense Gordon Rugg, une version de l’énochien améliorée du point de vue de la syntaxe (si elle existe réellement), de l’ergonomie de l’alphabet et des propriétés syllabiques.
"

Mais un travail considérable serait effectivement nécessaire et ceci avec la collaboration de nombreux spécialistes.

Malheureusement beaucoup se plaisent plutôt à gaspiller leur temps et énergie à se contrer et se discréditer, ou l'enfile dans des hypothèses hasardeuses qu'ils ne sont eux-mêmes plus capables de considérer avec objectivité et remettre en question quand il le faut.




Mais aurons-nous un jour le fin mot de l'histoire et la clef de l'énigme ?

jeudi 1 mai 2008

vendredi 18 janvier 2008

Les archives bénédictines racontent le climat européen

La chapelle Notre-Dame de l’abbaye d’Einsiedeln, qui date du XVIIIè siècle, une époque où la société civile a remplacé les ordres religieux pour l’observation météo. © Kloster Einsiedeln

Pour étudier les climats passés, il y a les forages dans les glaces et l’étude des végétaux fossiles. Mais il y a aussi les témoignages écrits par les hommes, et notamment les religieux du Moyen Age, à une époque où ils étaient les seuls à consigner les observations météorologiques.

Depuis les études classiques des années 1960 menées par Emmanuel Le Roy Ladurie, les archives religieuses sont bien connues pour receler des trésors en histoire du climat depuis le Moyen Age. Cela se retrouve par exemple en Amérique Latine dès le XVIe siècle où cinq ordres religieux (franciscains, dominicains, augustins, mercédaires puis jésuites) prirent en charge une grande partie du rôle traditionnel de l’Etat comme dans tous les domaines de la couronne espagnole.

L’actualité, c’est l’utilisation des archives de l’abbaye bénédictine d’Einsiedeln entre 1671 et 1704 par un historien de l’Université de Berne, Christian Pfister. Einsiedeln, abbaye qui remonte au Xe siècle et régie selon la règle de Saint-Benoît, est le grand sanctuaire marial de la Suisse, fameux pour sa Vierge noire. Elle est située dans le canton germanophone de Schwytz. Les archives sont celles du Frère bénédictin Josef Dietrich (1645-1704). Elles sont amoureusement conservées par Konrad (Josef Nikolaus) Hinder, 74 ans, l’un de ses lointains successeurs qui en sait toute la valeur et qui est devenu depuis des décennies le météorologue du monastère.

Archives du temps qu’il fait.

En Suisse, l’hiver 2006-2007 s’est montré particulièrement clément. En Europe centrale et du nord, l’automne 2006 fut le plus doux depuis 1000 ans et au début du mois de décembre, des Suédois ramassaient encore des champignons. A l’inverse, les archives d’Einsiedeln entre 1671 et 1701 sont pleines d’informations précises sur les conséquences d’hivers extrêmement rigoureux, comme le rapporte aujourd’hui le Frère Konrad Hinder. « Le 11 janvier 1684, le vin de messe s’est congelé dans le calice et cela n’est jamais arrivé depuis que j’ai été ordonné prêtre » témoigne Frère Josef Dietrich, qui ajoute : « le 13 janvier 1684 à Einsiedeln, le gel fut pire encore et jamais il ne fit si froid de mémoire humaine ».

Ces témoignages sont venus s’ajouter à l’immense banque de données Euro-Climhist, une collection d’archives qui raconte l’histoire du climat en Europe depuis l’an mille. Christian Pfister l’a initiée à la fin des années 1970 et l’a en suite patiemment construite avec Urs Dietrich-Felber et l’aide de nombreux collègues. Le projet est soutenu par la Fondation nationale suisse pour la science, l’université de Bern et le National Centre of Competence in Research on Climate. Les chercheurs peuvent consulter cette base, qui a été mise en ligne par l’université de Bern.

par Alain Gioda, Great Ice, IRD, Lima
pour Futura-Sciences

mercredi 16 janvier 2008

La crosse mérovingienne de St Germain



La plupart des réalisations majeures de l'orfèvrerie mérovingienne ont été détruites. Les pièces préservées, que la Suisse conserve en nombre relativement élevé, méritent donc un intérêt tout particulier. Malgré les progrès sensibles effectués récemment, de toute évidence conséquents à un regain d'intérêt pour la période, les connaissances globales sur l'époque restent minces. De nature religieuse comme beaucoup d'objets d'orfèvrerie du Haut Moyen Age, l'unique sujet de la présente étude est une pièce remarquable, autant par la qualité de son exécution, rehaussée par la richesse des matériaux employés, que par son importance historique. Il s'agit d'une crosse qui passe pour avoir appartenu au saint martyr Germain de Trèves (environ 610 - 675), premier abbé de Moutier-Grandval, monastère bâti par des moines fidèles à l'esprit de l'Irlandais Colomban, fondateur de Luxeuil. L'objet se présente comme une canne de marche de 119,5cm de long et de 2 à 2,4cm de diamètre, composée d'une branche de noisetier recourbée dans sa partie supérieure. Sur la hampe, le bois est recouvert d'une gaine en argent rythmée de bagues ornées d'entrelacs. Le crosseron se compose de plaques d'or décorées de filigranes dessinant des serpents stylisés et d'une torsade formée d'un cloisonné de grenats et d'éclats de verre figurant des têtes de rapace, ces dernières étant reliées entre elles par des triangles rappelant des insectes aux ailes repliées. Un émaillage cloisonné a été substitué à une partie de cette ornementation, détruite pour des raisons inconnues. Les émaux dessinent un motif en chevron alternativement rouge et vert. Malgré une certaine stagnation de la recherche en matière d'orfèvrerie du Haut Moyen Age, deux raisons au moins justifient une nouvelle étude sur la crosse de saint Germain. Premièrement, les travaux substantiels qui la concernent datent de près d'un demi-siècle (Haseloff 1955, Moosbrugger-Leu 1956). L'objet mérite donc d'être revu à la lumière des connaissances acquises depuis lors dans différents domaines dont l'application ne se limite pas à l'orfèvrerie. Des disciplines aussi variées que l'histoire, l'histoire de l'art et l'archéologie, ainsi que les moyens récents -parmi lesquels les techniques d'analyse figurent en bonne place -apportent ainsi une excellente contribution à une meilleure connaissance de l'objet. Deuxièmement, la valeur à la fois artistique et historique de la crosse incite à vouloir la cerner de façon plus complète. D'une part en effet, le travail qu'elle présente est de facture remarquable, d'autre part, son importance dépasse largement les frontières régionales, puisque l'objet est, dans l'état actuel des recherches, la plus ancienne crosse connue qui soit ornée d'orfèvrerie. Bien qu'elle soit aujourd'hui encore source de désaccords, la classification chronotypologique du vaste ensemble des crosses abbatiales et épiscopales du Moyen Age permet de situer la crosse de saint Germain parmi les très rares spécimens occidentaux préromans. Sa partie supérieure, recourbée en arc de cercle, est en effet un trait typique de ces derniers, qui sera rapidement remplacé par la volute. Outre l'analyse formelle, le panorama des crosses médiévales offre la possibilité d'une intéressante réflexion sur la fonction de l'objet, de même que sur sa symbolique, notamment exprimée par les matériaux employés. Retracer le parcours de la crosse, du début de son histoire supposée avec saint Germain à son aboutissement au Musée jurassien d'art et d'histoire de Delémont, ne s'avère que partiellement possible. Si, contrairement à d'autres objets, elle ne porte pas d'inscription et qu'aucun texte du Haut Moyen Age ne la mentionne, les péripéties de la dynastie mérovingienne et des dirigeants régionaux de la fin du 7e s. permettent néanmoins de cerner le rôle historique considérable que joua son très probable propriétaire. La vie de saint Germain est connue par plusieurs sources qui exposent les relations familiales du personnage et retracent son parcours religieux, de sa rencontre avec saint Arnulf, évêque de Metz, à son passage au monastère colombanien de Luxeuil, où il sera désigné à la tête de l'abbaye fille nouvellement fondée de Moutier-Grandval (entre 630 et 640 vraisemblablement). Ces textes ne mentionnent jamais de bâton pastoral en relation avec Germain. Les sources ayant une relation directe avec la crosse sont beaucoup plus tardives. Sa première apparition remonte à un inventaire perdu, daté de 1530, dans lequel elle figure aux côtés d'une Bible volontiers identifiée à la célèbre Bible de Moutier-Grandval, issue du scriptorium de Tours et conservée à la British Library de Londres. L'étude des documents se limite donc ici à étayer les hypothèses que l'on peut le plus raisonnablement envisager quant au parcours historique et "mythique" de la crosse après la mort de Germain. Le travail sur les sources permet en outre de préciser l'importance de la relique dans la vénération vouée au saint au cours des siècles. Un examen approfondi de l'objet lui-même contribue grandement à mieux le connaître. Des observations macro- et microscopiques, des radiographies, ainsi qu'une méthode d'analyse physico-chimique performante sur les métaux, la spectrométrie de fluorescence X, ont donc été conduites par François Schweizer, directeur du Laboratoire de recherche du Musée d'art et d'histoire de Genève et par Martine Degli Agosti, sa collaboratrice scientifique. Ces analyses permettent de déterminer les matériaux composant la crosse, dont la nature n'était jusqu'alors que supposée. On acquiert ainsi la certitude que le bois de la crosse est un bâton de noisetier dont les appliques métalliques sont en or, en argent partiellement doré et en cuivre doré. Les examens confirment encore que le cloisonné multicolore ornant la partie supérieure du crosseron est un sertissage à froid de grenats et de verre bleu et vert. La partie supérieure du crosseron n'est donc pas constituée d'un émaillage, à l'inverse de sa partie inférieure, décorée d'émail cloisonné vert et rouge. Les observations et les radiographies ouvrent des perspectives sur les techniques du façonnage et les procédés de fixation. Elles autorisent également l'établissement d'une chronologie relative des différentes parties de l'ornementation de la crosse (ajouts et remaniements). Cette étape de la recherche a également contribué à estimer la qualité du travail et des matériaux, ainsi qu'à évaluer l'état de conservation de l'objet. Une tentative de datation entre tout naturellement dans le cadre d'examens scientifiques. Seule possible, une datation sur le bois bien conservé, par carbone 14, fut entreprise par le Laboratoire de recherche pour l'archéologie et l'histoire de l'art de l'Université d'Oxford. Une prise en compte des dates les plus larges situe la coupe du bois à 95% de chances entre 608 et 776, avec une probabilité d'environ 67% entre 637 et 759, la date médiane pouvant être placée vers 665. Le résultat obtenu, bien qu'il ne puisse attester la contemporanéité de l'ornementation de la crosse, confirme les hypothèses historiques et artistiques formulées. La possibilité d'une exécution partiellement contemporaine du façonnage du bois et de la décoration de la crosse est néanmoins confortée par les examens stylistiques et techniques. Cet angle d'approche du problème, incluant l'étude iconographique, ainsi que les caractéristiques des technologies de fabrication, et, dans une moindre mesure, la provenance des matériaux employés, constitue le domaine de l'histoire de l'art certainement le mieux documenté et donc le plus apte à servir à une connaissance précise de la crosse de saint Germain. Les parallèles effectués avec différentes pièces d'orfèvrerie du Haut Moyen Age, de même qu'avec des objets d'autre nature, révélés par les fouilles archéologiques ou conservés dans les trésors d'église, permettent même de réduire la marge chronologique et de situer la fabrication de l'ornementation dans la seconde moitié, voire dans le dernier tiers, du 7e s. Ces comparaisons autorisent également à localiser avec beaucoup de vraisemblance la création de l'objet dans une aire de production qui correspond approximativement au sud-ouest de l'Allemagne. Cette conclusion est basée entre autres sur la parenté, entrevue depuis longtemps, mais toujours valable, de la crosse de saint Germain avec le coffret de Teudéric (milieu du 7e s.), conservé dans le trésor de l'Abbaye de Saint-Maurice d'Agaune. On peut ainsi définitivement exclure l'hypothèse de la fabrication régionale. La thèse d'un lien avec l'entourage immédiat de saint Eloi, périodiquement remise au goût du jour, paraît également devoir être écartée.
Les émaux de la crosse de saint Germain constituent une problématique particulière, puisqu'il est possible de démontrer qu'ils ne sont pas d'origine. Intégrés à l'ornementation à l'occasion d'un événement dont l'époque reste inconnue, ils proviennent probablement d'un, voire de deux, coffrets-reliquaires protomédiévaux disparus, dont l'exécution, pour des raisons à la fois techniques et stylistiques, ne remonte pas au-delà du 8
e s.
Les conclusions provisoires restant relativement nombreuses, il est permis d'espérer que de nouvelles données viennent élargir le degré de connaissance de cet objet fascinant qu'est la crosse de saint Germain, à la fois trésor artistique et témoin privilégié de l'histoire jurassienne.

source :
Cahiers d'Archéologie Jurassienne

La légende de Mélusine


Raymondin, neveu du Comte de Poitiers et fils du Comte de Forez, tue accidentellement son oncle en forçant un sanglier féroce. Aveuglé par la douleur, il chevauche dans la forêt et à minuit, rencontre à la fontaine de Soif (ou « fontaine faée ») trois femmes dont Mélusine.


Elle le réconforte et lui propose de l'aider et de faire de lui un très puissant seigneur, à condition de devenir sa femme. De plus, elle lui fait jurer de ne jamais chercher à la voir le samedi. En gage, elle lui offre deux verges d'or qui « ont moult grand vertu ».


« La prospérité comble le couple. Mélusine en est l'artisan très actif, défrichant et construisant villes et châteaux forts, à commencer par le château de Lusignan. Ils ont aussi beaucoup d'enfants, dix fils dont plusieurs deviennent rois par mariage, tel Urian, roi de Chypre, Guion, roi d'Arménie, Renaud, roi de Bohême. Mais chacun a une tare physique au visage, comme Geoffroy à la grande dent, le sixième.


Jean d'Arras s'étend sur les prouesses de ces fils, notamment sur leurs combats contre les Sarrasins. »


Cependant, un samedi, alors que Mélusine et Raymondin vont à Mervent, le comte de Forez, frère de Raymondin, leur rend visite et s'étonnant de l'absence de Mélusine, l'accuse de déshonorer son mari ou d'être « un esprit faée ». Aveuglé par la colère et la jalousie, Raymondin perce de la pointe de son épée la porte de la salle où sa femme est enfermée et la voit en train de se baigner dans une grande cuve de marbre « qui estoit jusques au nombril en figure de femme et pignait ses cheveux et du nombril en aval estoit en forme de la queue d'un serpent ».


Comme il garde le secret de sa découverte, Mélusine peut encore rester avec lui comme avant. Raymondin, empli de remords, chasse son frère en le menaçant et disculpe Mélusine.


Peu après, Geoffroy à la grande dent brûle l'abbaye de Maillezais et son frère Fromont qui était moine. Raymondin, furieux, s'emportant contre Mélusine, lui reproche publiquement d'être « une très fausse serpente » responsable des tares et des méfaits de sa progéniture.



Mélusine, dont la nature est dévoilée, doit quitter le château. Après des adieux émouvants et des recommandations prophétiques (don d'anneaux), elle s'envole par la fenêtre, se mue en serpente et va survoler la tour poitevine de Lusignan en poussant des cris déchirants. Elle reviendra pour s'occuper de ses enfants nuitamment et à l'insu de tout le monde (exepté les nourrices) et pour annoncer, trois jours avant, la mort d'un des siens.


Désespéré, Raymondin se fait ermite à Montserrat. Quant à Geoffroy, il rebâtit Maillezais après s'être confessé au pape.







Source : Extrait de La Fée Mélusine au Moyen Age,
Françoise Clier-Colombani, édition Léopard d'Or, 1991, page 12

vendredi 11 janvier 2008

Légende bretonne



LE MYTHE DE TALIESIN

Il était une fois, et il n'était pas, en pays de Pennlyn, terre du souverain Tegid Voel Le Chauve, une femme d'une grande beauté, pleine de talents et de grands savoirs sur les choses secrètes. Cette femme avait pour nom Cerridwen est était l'épouse même de Tegid Le Chauve De leur union naquirent trois enfants, Creiwyl une enfant magnifiquement belle comme sa mère, Morvran et AfangDu l'enfant le plus laid du monde.

C'est pour sa laideur que Cerridwen semble le chérir plus que les autres, c'est pour sa laideur qu'elle cherche les magies les plus fortes, les filtres les plus secrets. Cet enfant laid lui hante le cœur et son amour pour lui désire le sauver de son infortune. A force de quête Cerridwen trouve enfin le moyen de compenser la laideur de l'enfant par la possibilité d'acquérir le savoir primordial. A cet effet elle prépare le chaudron de la connaissance et d'inspiration qui doit bouillir durant une année et un jour.. Elle sait, que trois gouttes de ce breuvage donné à l'enfant seront pour lui l'inspiration divine, celle qui illumine l'âme, promet tous les savoirs et tous les dons. Son fils alors n'aura plus à rougir de sa laideur puisque la beauté de l'âme lui sera donnée. Le temps passant à faire bouillir le breuvage la Reine met à sa surveillance un jeune homme du nom de Gwyon Bach, ainsi qu'un vieil aveugle du nom de Mordra. Ils doivent ensemble veuillez à ce qu'il y ait toujours du feu sous le chaudron et que le liquide ne déborde pas. Ainsi font-ils, car Ceridwen, tout aussi belle soit elle peut avoir de terrible colère.

Une année est passée, le cycle rond du temps a bientôt fermé sa boucle et le temps du breuvage arrive pour Afgdu. Ce jour là Cerridwen est en quêtes d'herbes et de plantes magiques. Gwyon et Mordra discutent et discutent tant qu'ils ne voient pas le breuvage gonfler, buller de plus en plus, comme une grosse soupe enfin trop chaude qui pouffe des vapeurs. Trop tard le liquide jailli, saute, éclabousse tant et si bien que surpris Gwyon n'ayant pas eu le temps de s'écarter s'y brûla la main. La douleur est terrible, le feu, le chaud est là, l'instinct porte sa main à la bouche Trois gouttes de magie le touche tout entier, pénètre par sa bouche. La lumière, la chaleur l'envahit tout entier comme un soleil nouveau, Gwyon est ébahi, choqué : n'a t-il pas bu là les trois gouttes réservées à Affgdu ? Et Gwyon, la tête soudain remplie de savoir, sait, voit, comprend la colère de Cerridwen. : il doit fuir !

La colère de Cerridwen fut terrible, elle cria, hurla, frappa la terre de ses talons, frappait tous ceux qui passait à sa portée, elle n'épargna pas Morda. On l'entendit jusqu'au bout des pleines, en haut des montagnes, le long des rivières du royaume. Ses larmes se mélangeaient à ces cris et tous tremblaient en l'entendant. Ivre de rage et de chagrin la Reine parti à la recherche de Gwyon pour le châtier. Terrifié, l'enfant se cachait , entendit les cris, les menaces professées dans la colère. Alors qu'il entendait son pas plus proche, faisant appel à sa sagesse toute neuve, il se transforma en lièvre espérant courir si vite qu'elle ne pourrait le rattraper. Peine perdue Cerridwen était bien savante elle aussi des choses de magie et elle se transforma en lévrier. Ainsi elle courrait aussi vite, plus vite et l'approchait toujours plus. Prenant son élan Gwyon se change en poisson et Cerridwen devient loutre, Gwyon oiseau Cerridwen faucon. Toujours armé de son pouvoir de métamorphose Gwyon devenant grain se cache dans un tas de blé. Cerridwen devint immédiatement poule noire et avale les grains et par là - même Gwyon. A l'aube d'un autre jour la Reine vois la grosseur de son ventre.

Alors que son mari Tegid Le Chauve est parti combattre les pirates Gaëls et établir des fortifications le long des côtes, elle comprend immédiatement ce qui lui est arrivée. Cet enfant qu'elle attend ne peut être que le jeune Gwyon, la graine qu'il était devenu et qu'elle avait avalée, et se prépare à une deuxième naissance. Keridwen, le jour venu, va seule mettre au monde l'enfant Cet enfant est tellement beau que lorsque ses yeux croisent les siens, elle ne peut se résoudre à l'éliminer afin de le cacher aux yeux du monde, et lui construit une sorte de couffin tressé en joncs et en mousse qu'elle confie à la bienfaisance des eaux d'une rivière qui, loin de là, va mélanger ses eaux à celles de l'océan… Neuf jours et neuf nuits durant, Gwyon fut ballotté au gré des flots mais sans jamais pleurer. Il n'éprouva ni la faim, ni la soif, car l'eau de la pluie prenait soin de le désaltérer et de tous petits poissons de sauter hors de l'eau pour rejoindre directement sa bouche. Au soir du dixième jour il arriva en vue d'une terre, celle du roi Gwyddno, connu pour posséder l'une des treize merveilles du royaume, un filet qui, chaque soir qu'il est mis à l'eau, rapportait suffisamment de poisson pour nourrir toutes les bouches du clan, et même plus.

Gwyddno avait un fils, Elfin, un des garçons les plus malheureux et infortunés qui soient, et qui, ce soir-là, avait par son père été chargé de relever le filet, afin de lui porter chance.Habitué à son infortune il ne fut pas surpris lorsqu'il releva le filet et qu'il n'y trouva que le couffin tréssé et aucun poisson. Dans ce couffin, il y vit Gwyon, et Elfin fut si ébloui par sa beauté qu'il le nomma Taliesin et repris courage et ardeur en revenant chez lui. Son père, s'il commença par se lamenter de ce qu'Elfin n'avait rien pêché pour nourrir le clan, fut lui aussi sous le charme quand il vit le bébé.Et il le fut plus encore lorsque rassasié et réchauffé, le bébé entreprit de leur conter son histoire, celle de Gwyon Bach et Keridwen, et ce, sous la forme d'un chant aux sonorités parfaites. Puis Taliesin prit la parole : " Grand merci à toi, Elfin, de m'avoir ainsi recueilli et accueilli. Entend maintenant que tu ne le regretteras pas car je suis Taliesin et si bientôt mon nom brûle parmi les innombrables étoiles du ciel, crois bien que je ne serai pas ingrat et que tu trouveras avec moi une récompense à la hauteur de ta gentillesse. " Taliesin passa quatre années dans la maison d'Eflin, quatre années qui le virent passer d'enfant, au jeune homme qu'il est aujourd'hui au grand émerveillement des gens du roi Gwyddno. Tout ce temps, il s'appliqua à égayer son bienfaiteur qui, de timoré et voûté qu'il était, devint peu à peu un homme de compagnie agréable et de bonne conversation.

Vint un jour d'automne où Elfin les quitta, ayant été invité par son oncle Maelgwin Gwynedd à séjourner sur ses terres, à Degawny.Alors qu'il se trouvait là-bas, en compagnie des hommes de son oncle, à recevoir le boire et le manger, tout en écoutant les bardes chanter la gloire de ce dernier. Elfin, à qui la boisson avait fait perdre un peu la tête, se vanta d'avoir barde plus talentueux et femme plus fidèle que quiconque à Degawny.. Son oncle, entra dans une colère rouge, le fit jeter en prison, puis envoya Rhun, son fils illégitime, un jeune homme d'une beauté à laquelle aucune femme ne résistait, avec pour mission d'aller séduire la femme d'Elfin. Mis au courant de tout le stratagème, Taliesin, alla trouver sa protectrice pour tout lui raconter et lui proposer de la remplacer par une servante qui endosserait ses vêtements et ses bijoux. Rhun coucha donc avec la servante et, au petit matin, lui trancha le doigt qui portait l'anneau d'Eflin, avant de s'enfuir en direction de Degawny. Là, on fit sortir Elfin de prison pour lui montrer la preuve de l'infidélité de son épouse. Il répondit : " Ah !! Ce doigt est trop petit, son ongle est sale, et il porte encore les traces du pétrissage du seigle, ce ne peut être celui de ma femme !! " Maelgwin, furieux, fit remettre Elfin en prison, sous les yeux de Taliesin, car il avait suivi Rhun en secret lorsqu'il s'était enfui. Plus tard dans la soirée, et sous la conduite d'Heinin leur chef, les trois bardes de Maelgwin se préparèrent à chanter pour apaiser le courroux de leur roi.

Mais Taliesin leur avait joué un tour à sa manière, et ne sortirent de leurs bouches graisseuses que des " bleub bleub " maladroits et autres sons grotesques. Puis Taliesin s'avanç, fit connaître à tous sa présence, et, pour mieux confondre les bardes de Maelgwin, se mit à chanter avec une telle force que son chant déclencha une tempête qui s'apaisa aussitôt les dernières notes retombées. Maelgwin, reconnaissant alors qu'il surpassait tous ses bardes et probablement tous ceux du royaume, fit amener Elfin dont il fit tomber les chaînes L'oncle et le neveu désormais réconciliés, Taliesin conseilla à Elfin de prétendre qu'en plus de la femme la plus fidèle et du barde le plus talentueux, il avait également le cheval le plus rapide, ce qu'il fit.. Trois jours plus tard, une course était organisée et Taliesin alla trouver le coureur de Elfin et le muni de 24 branches de houx brûlées en lui donnant pour instruction d'en frapper chaque cheval qu'il dépasserait avant de jeter son manteau là où le sien ferait un faux pas. Ainsi fut fait et après qu'Elfin eut remporté la course, Taliesin l'emmena là où était tombé le manteau en lui conseillant de creuser à cet endroit précis.Il y trouva un chaudron remplit d'or et, s'étant acquitté de sa dette, lui ayant établi considération et richesse, Taliesin quitta Elfin.. C'est ainsi que Taliesin parcouru les terres du monde pour y trouver le sujet de nouvelles chansons et parfaire sa connaissance en toute chose.